10 June 2008 | Space

Click on the pictures and panoramas for the full-size versions

How paradoxical to fly and sail seventeen thousand kilometers to Antarctica, yet have to wait four months to be able to walk the five last kilometers to the ice cliff marking the edge of the biggest glacier and last great empty wilderness on Earth ! But what a thrilling moment when one is allowed overnight to start exploring the third dimension of a landscape that one had got used to knowing only as a two-dimensional background, seen from a single point of view...

****

Quel paradoxe de couvrir dix-sept mille kilomètres par avion et bateau, pour finalement devoir attendre quatre mois avant de parcourir les cinq derniers kilomètres jusqu'à la falaise de glace qui marque la limite du plus grand glacier, du dernier grand espace vide et sauvage sur Terre ! Mais quel moment excitant quand on est autorisé, d'une nuit sur l'autre, à commencer l'exploration de la troisième dimension d'un paysage qu'on s'était habitué à ne connaître que comme un arrière-plan à deux dimensions, observé depuis un unique point de vue...

Click for full size

The map showing the safe ice area in the canteen

La carte de la glace sûre dans la cantine

The Ocean turning into a vast, perfectly flat white plain: that is the slow process that drew the attention of winterers for weeks and then changed their life at the end of April, increasing the area of their playground by more than twenty times, to everywhere (within a walkable distance) where the portable drill showed that the ice is more than fourty centimetres thick, as materialized by red lines on the map in the canteen.

****

La transformation de l'Océan en une vaste plaine blanche parfaitement plane: c'est le lent processus qui a tenu en haleine les hivernants pendant des semaines puis changé leur vie à la fin Avril, agrandissant la surface de leur terrain de jeu d'un facteur supérieur à vingt, jusqu'en tout endroit (à distance de marche) où la perceuse portable a montré que la glace fait plus de quarante centimètres; un terrain de jeu matérialisé par des lignes rouges sur la carte dans la cantine.

Click for full size

A virgin and empty space to explore

Un espace vierge et vide à explorer

Setting foot on the frozen Ocean, entering this virgin and ephemeral space for the first time is a peculiar experience. One is first drawn, by an almost surnatural attraction, to the closer icebergs: familiar sights in the daily horizon, yet unreachable so far. One is amazed and surprised by the new perspectives from which the landscape appears from ice level (the base is located fourty metres above sea level). One then walks further away, turns around and sees for the second time but with very different eyes, the base on top of its island, where one has been confined for four months.

****

Poser le pied sur l'Océan gelé, pénétrer cet espace vierge et éphémère pour la première fois est une expérience particulière. On est d'abord attiré, comme par une force presque surnaturelle, vers les icebergs les plus proches: figures familières dans l'horizon quotidien, mais inaccessibles jusqu'ici. On s'émerveille des nouvelles perspectives offertes par le paysage au niveau de la glace (la base est située quarante mètres au-dessus du niveau de la mer). On pousse un peu plus loin, on se retourne et on contemple, pour la deuxième fois mais avec un regard bien différent, la base au sommet de son île, où l'on vient d'être confiné pendant quatre mois.

Click for full size

New perspectives - from île Le Mauguen; the penguins' breeding ground can be seen on the right

De nouvelles perspectives - de l'île Le Mauguen; la manchotière est visible sur la droite

Filled with feelings similar to those of the pioneers, one conquers the top of each accessible island of the archipelago, one after the other, driven by a thrist for new viewpoints, for new perspectives on the base's surroundings. In spite of their small size, the exploration of each of them is a new source of excitment.

****

Gonflé de sentiments semblables à ceux des pionniers, on conquiert le sommet de chaque île accessible de l'archipel, l'une après l'autre, mû par une soif de nouveaux points de vue, de nouvelles perspectives sur les environs de la base. Malgré leur petit taille, l'exploration de chacune d'entre elles est une nouvelles source d'enthousiasme.

Click for full size

From the top of 'Nunatak du Bon Docteur'

Du haut du 'Nunatak du Bon Docteur'

Click for full size

From île du Gouverneur

De l'île du Gouverneur

Later, one ventures even further, into the spacious and empty bay Lejay, as far as halfway between île des Pétrels and the continent - only two or three kilometres away from the base really, but by contrast with the civilized world back there where everything is expected to be reachable all the time, one instinctively feels that things here have to come little by little, that here is a place where one gets to learn patience and limits again. In the middle of the bay, far from all icebergs and islands and from the ice cliff - all of them providing as little help to the eye in finding the scale as clouds do in measuring the sky - the white uniform flatness and emptiness conveys the feeling of being nowhere, and the sensation of not making any progress, no matter how fast one walks; a sensation that may only be made to fade away by some minutes of painstaking observation of the relative movements of the archipelago's islands or icebergs, or the occasional presence of another group of wanderers in the distance.

****

Plus tard, on s'aventure encore plus loin, dans la spacieuse baie Lejay, jusqu'à mi-chemin de l'île des Pétrels et du continent - à seulement deux ou trois kilomètres de la base en vérité, mais par contraste avec le monde civilisé de là-bas où tout doit être accessible tout le temps, on sent instinctivement qu'ici, les choses doivent venir petit à petit, que voilà un endroit où l'on réapprend la patience et les limites. Au milieu de la baie, loin de tous les icebergs et îles et de la falaise de glace - qui n'aident pas pas plus l'oeil à trouver l'échelle que les nuages ne l'aident à mesurer le ciel - l'espace blanc uniforme, vide, et plat éveille le sentiment de n'être nulle part, et la sensation de ne plus progresser, quelle que soit la vitesse de la marche; une sensation qui ne peut être estompée que par quelques minutes d'observation minuteuse des mouvements relatifs des îles et icebergs, ou la présence occasionnelle d'un autre groupe de promeneurs au loin.

Click for full size

360°-view from the middle of bay Lejay - with Dumont d'Urville in the far right and Prudhomme in the centre

ue à 360° depuis le milieu de la baie Lejay - avec Dumont d'Urville à l'extrême droite et Prudhomme au centre

Click for full size

Click for full size

In the middle of nowhere

Au milieu de nulle part

Click for full size

Prudhomme base seen from île des Pétrels - with four wanderers showing the scale

La base Prudhomme vue de l'îles des Pétrels - et quatre promeneurs donnant l'échelle

The day finally comes to do the 'crossing' for the first time. How could one come to Antarctica and leave without actually having set foot on the ice cap ? It is time to head for Cap Prudhomme, the only safe (and thus the only allowed) access point to the continent and home to the French-Italian Summer base of the same name, where the terrestrial raids to Concordia base get prepared every year. As one approaches the thirty-metre cliff, perspective plays again with the mind of the wanderer. While the edge of the ice dome looked like a rather lazy slope escaping the range of vision after an undetermined distance, from île des Pétrels, one realizes what a massive mountain it is as its steep slope, leading to the top of the dome after a thousand kilometres of a strictly uphill journey, literally inflates itself above the horizon. After making it to the top of the cliff via the nunatak (an inuit word referring to a rock formation emerging from a glacier), one enters the ghost village of Base Prudhomme and its colourful assemblage of containers and square buildings, only inhabited during Winter by hibernating excavators, caterpillars and other vehicles. Fifty or sixty metres further up the slope, right next to the alignment of fuel tanks marking the so-called 'D3' point where equipment and vehicles are traditionnally gathered for the first step of the raids, facing the Ocean and Dumont d'Urville with all the familiar bergs in the background, the view on the whole bay and archipelago is mind-blowing. More than worth the two or three hours' walk in total and the discomfort of a sandwich-based lunch out in the cold !

****

Vient le jour de faire la 'traversée' pour la première fois. Comment pourrait-on venir en Antarctique, puis repartir sans avoir vraiment mis le pied sur le dôme de glace ? Le moment est venu de se diriger vers Cap Prudhomme, seul point d'accès sûr (et donc le seul autorisé) au continent et de la base d'été franco-italienne du même nom, où les raids terrestres vers Concordia sont préparés chaque année. A mesure que l'on approche de la falaise de trente mètres, la perspective joue de nouveau avec l'esprit du marcheur. Tandis que, vu de l'île des Pétrels, le bord du dôme de glace apparaissait comme une pente plutôt paresseuse disparaissant à l'horizon au-delà d'une distance indéterminée, on réalise de quelle montagne massive il s'agit à mesure que la pente raide, conduisant au sommet du dôme au terme d'un voyage de mille kilomètres en montée ininterrompue, se gonfle litérallement au-dessus de l'horizon. Après avoir atteint le sommet de la falaise au moyen du nunatak (mot inuit désignant toute formation rocheuse émergeant d'un glacier), on pénètre dans le village fantôme de la Base Prudhomme et son assemblage coloré de conteneurs et de bâtiments carrés, habitée en hiver seulement par des pelleteuses, chenilles et autres véhicules en hibernation. Cinquante ou soixante mètres plus haut sur la pente, juste à côté de l'alignement de réservoirs d'essence qui marquent le lieu-dit 'D3' où équipement et véhicules sont traditionnellement rassemblés pour la première étape des raids, faisant face à l'Océan et à Dumont d'Urville avec tous les icebergs familiers en arrière-plan, la vue sur la baie et l'archipel est époustouflante. Elle vaut bien, en tout cas, les deux ou trois heures de marche au total et l'inconfort d'un déjeuner dans le froid à base de sandwich !

Click for full size

View from 'D3' - Base Prudhomme in the foreground

Vue de 'D3' - Base Prudhomme au premier plan

Click for full size

La base Dumont d'Urville vue de 'D3'

Dumont d'Urville base seen from 'D3'

Click for full size

Back from Prudhomme

De retour de Prudhomme

In Antarctica, one is quickly reminded that Nature is the master. Near the end of May, the strongest storm since the beginning of the year blew for more than thirty-six hours at more than fifty knots on average, during which visibility was reduced to a few metres at best. When the curtain of snow started to lift, everyone was able to contemplate the extent of its side effects: open water was back at the foot of île des Pétrels, with all the ice sheet North of the archipelago having been simply and cleanly broken into large pieces that had already been pushed far away at sea. What a curious impression to see the deep blue waves again after so many weeks of white stillness ! This area had not been declared safe for walking yet, but had the storm lasted a bit longer, it is likely that most of the 'safe' ice further South would have disappeared as well. A few days later though, several centimetres of transparent ice were already to be seen all the way to the horizon, to the embarrassment of the daily columns of female emperor penguins trying to set off for their long journey back to the open water (transparent ice is too thin and not safe for them, with potential predators lurking underneath). Such sudden destructions and reconstructions of the ice sheet are common every year, especially in Terre Adélie where the ice sheet's extension to the North is the smallest in all Antarctica.

****

En Antarctique, la nature rappelle très rapidement qu'elle est la maîtresse. Vers la fin mai, la tempête la plus puissante depuis le début de l'année a soufflé à cent kilomètres/heure de moyenne pendant plus de trente-six heures, durant lesquelles la visibilité était réduite à quelques mètres tout au plus. Quand le rideau de neige commença à se lever, chacun put mesurer l'étendue de ses effets secondaires: l'eau libre était de retour au pied de l'île des Pétrels, toute la banquise au nord de l'archipel ayant été simplement et proprement découpée en grands morceaux, déjà repoussés loin vers le large. Quelle curieux sentiment que de revoir les vagues bleu profond après tant de semaines d'immobilité blanche ! Cette zone n'avait pas encore été déclaré sûre pour la marche, mais si la tempête avait duré un peu plus longtemps, il est probable que la plupart de la glace 'sûre' plus au sud aurait également disparu. Quelques jours plus tard cependant, plusieurs centimètres de glace transparente pouvaient déjà être observés jusqu'à l'horizon, à l'embarras des colonnes journalières de femelles de manchots empereurs s'efforçant de se mettre en chemin pour leur long voyage de retour jusqu'à l'eau libre (la glace transparent est trop peu épaisse et peu sûre, avec les prédateurs éventuels qui rôdent en-dessous). De telles destructions et reconstructions de la banquise sont fréquentes chaque année, en particulier en Terre Adélie où l'extension de la banquise vers le nord est la plus faible de tout l'Antartctique.

Click for full size

Brand-new ice, puzzled emperors

Une glace flambant neuve, des empereurs désorientés

Watching such titanic fights between the elements, one cannot help feeling helpless yet apeased; for the majestuous and pitiless indifference of the icy world towards the beings that live within it gives its full meaning to Nietzsche's phrase:

We like to be in the wilderness, because nature does not have any opinion about us.

****

Face à de telles luttes titanesques entre les éléments, on ne peut s'empêcher de se sentir démuni et pourtant apaisé; car l'indifférence majestueuse et impitoyable du monde glacé envers les êtres qui le fréquentent donne toute sa force au mot de Nietzsche:

Si nous aimons être en pleine nature, c'est parce que la nature n'a pas d'opinion sur nous.

5 May 2008 | Emperors

Click for full size

Click for full size

Click for full size

Rows of tiny black dots, converging along puzzling lines of field towards the so-called Astrolabe glacier. How many kilometers have been travelled by the giant conveyor belt, how many tens of thousands of items produced by the iceberg factory, since the first of these yearly ballets was performed ?

****

Des files de petits points noirs, convergeant suivant d'énigmatiques lignes de champ vers le glacier dit de l'Astrolabe. Combien de centaines de kilomètres parcourus par le tapis roulant géant, combien de dizaines de milliers de pièces produites par l'usine à icebergs depuis la première représentation de ce ballet annuel ?

Click for full size

Click for full size

Indifferent to the negligible traces of fifty minute years of human presence in their universe, in close intimacy with the powerful, pure and merciless landscape, the emperors appear from nowhere and gather to perpetuate their species, silently circulating upon the Ocean's frozen crust.

Their two-legged colleagues, still confined on their rocky home by their inability to resist the potential and relentless liquid bite from which the latter still provides only precarious protection, have to make do with observing them, for now, through their optical prosthesis.

****

Indifférents aux traces insignifiantes des cinquante minuscules années de présence humaine en leur univers, intimes du paysage puissant, pur et impitoyable, les empereurs surgissent de nulle part et se rassemblent pour perpétuer leur espèce, allant et venant silencieusement sur la croûte gelée de l'Océan.

Leurs collègues bipèdes, toujours confinés sur leur bout de rocher par leur incapacité à résister à l'éventuelle et implacable morsure liquide dont cette dernière isole encore de manière trop précaire, doivent pour l'heure se contenter de les observer à travers leurs prothèses optiques.

Click for full size

Click for full size

Adélie penguins (whose last, belated representative has not been seen for several days) used to share the same living space with them - miniature humans among the humans, a busy and anxious look, a moody behaviour, real estate worries, upset cries, comedy. Emperor penguins do not belong to the same world - majesty and detachment, mystical silence or out-of-Earth sounds, mysterious customs and rituals.

What are they telling each other, over there, underneath the millenary ice cliff ? Tales of four-hundred-metre dives, of three-month-long fasts, of one-hundred-knot winds ?

Or: concepts that do not exist in the human mind; a truth of a different order; tales of another world...

****

Les manchots Adélie (dont le représentant le plus attardé n'a pas été vu depuis plusieurs jours) partageaient le même espace de vie qu'eux - hommes miniatures parmi les hommes, air affairé et angoissé, soucis de petits propriétaires terriens, sautes d'humeur, cris d'indignation, théâtre comique. Les manchots empereurs ne sont pas du même monde - prestance et détachement, silence mystique ou sons venus d'ailleurs, coutumes et rituels mystérieux.

Qu'échangent-ils, là-bas, au pied de la falaise de glaces millénaires ? Des récits de plongeons à quatre-cent mètres, de jeûnes de trois mois, de vents de cent noeuds ?

Ou: des concepts qui n'existent pas dans l'esprit humain; une vérité d'un ordre différent; des paroles d'un autre monde...

Click for animation

The penguins' breeding ground on three different days (click for animation)

La manchotière à trois dates différentes (cliquer pour l'animation)

Update: A few days after this text was written, a significant change intervened in the life of the inhabitants of île des Pétrels: their playground widened. A small area of ice sheet within the archipelago, including the penguins' breeding ground, has just been declared safe for walking, which allowed to take the panoramic view hereafter. On the ice sheet formation and its very anticipated opening, see next post.

****

Mise à jour: quelques jours après l'écriture de ce texte, un événement significatif est intervenu dans la vie des habitants de l'île des Pétrels: leur terrain de jeu s'est élargi. Un petit périmètre de banquise à l'intérieur de l'archipel, comprenant la manchotière, vient d'être déclaré sûr pour la marche, ce qui a permis la réalisation la vue panoramique ci-dessous. Sur la formation de la banquise et sa très attendue ouverture, voir le post ultérieur.

Click for full size

1 April 2008 | 1…

...month into the winterover. Yours truly and twenty-three other people are and will be, for seven more months, the only humans within a radius of a thousand kilometers... except for the ISS astronauts, during their frequent overflights. About a thousand other people are also staying over Winter in Antarctica.

The ice sheet forming, the arrival of the first emperor penguins, the Southern lights and the moonlit icebergs... words are helpless. Pictures maybe ?

****

...mois depuis le début de l'hivernage. Votre serviteur et vingt-trois autres personnes sont et seront, pour encore sept mois, les seuls humains dans un rayon de mille kilomètres... en dehors des astronautes de l'ISS, lors de leurs survols fréquents. Environ mille autres personnes passent également l'hiver en Antarctique.

La formation de la banquise, l'arrivée des premiers manchots empereurs, les aurores australes et la lumière de la Lune sur les icebergs... les mots sont impuissants. Les images, peut-être ?

R4 Departure

The end of the Summer campaign - and the beginning of all

La fin de la campagne d'été - et le début de tout

Base in blizzard

Blizzard

Aurora Australis

Aurora Australis

Aurore Australe

Crystal-clear water

Crystal-clear water

Une eau claire comme du cristal

Rivers of oily water

Rivers of oily water, on the verge of freezing

Des rivières d'eau huileuse, sur le point de geler

A future playground

A future playground

Un futur terrain de jeu

Ice Mosaics

Ice mosaïcs

Mosaïques de glace

A fragile ice sheet

A still fragile ice sheet

Une couche de glace encore fragile

Emperors on ice

Yet thick enough to sustain some of the first emperor penguins

Mais assez épaisse pour soutenir quelques-uns des premiers manchots empereurs

Group of emperor penguins

Waiting... for the others

Attendre... les autres

A hundred emperor penguins

A hundred now... ten thousand soon, at the foot of the glacier

Une centaine maintenant... dix mille bientôt, au pied du glacier

The Moon

The Moon and its giant mirror

La Lune et son miroir géant

3 March 2008 | Moon

The Moon and the bergs

Is it Jupiter, approaching the Earth ? No, it is the moon playing with the icebergs and two strips of cirruses...

The Moon and the Astrolabe

...and chatting one last time with the Astrolabe, before the final one-way trip of the latter back to civilization.

****

Est-ce Jupiter, en approche vers la Terre ? Non, c'est la Lune qui joue avec les icebergs et deux bandes de cirrus...

...et discute une dernière fois avec l'Astrolabe, avant le voyage retour final de ce dernier vers la civilisation.

22 February 2008 | Wind

Ninety knots top wind speed...that's what is sounds like inside ! And that's what it looks like outside...

****

Quatre-ving dix noeuds de vent en rafales... voici ce que ça fait à l'intérieur ! Et voilà ce que ça donne à l'extérieur...

17 February 2008 |

Helicopter

Fourth and next before last departure of this Summer... many brand-new friends are leaving, who have spent between a few days and fourteen months of their life here. Some are regulars and said ‘see you next Summer’, others are on their way towards new horizons. Flight after flight, the helicopter lifts them above the improvised farewell party outside the canteen, then dives towards the Astrolabe, 50 metres down. To be the one who's leaving, while the others are staying: that is what life teaches one to cope with, repeatedly. But what if it's the other way round ?

Base

A few minutes’ walk across the great ice bridge that extends the island Northwards to the Cap des Barres, from where the base looks like a tiny fort on top of its hill and the 270-degree view on the bay is magnificent, a small gathering awaits the ship’s departure.

View

Groups of Adélie penguins also seem to have passed the word. Among them, some chicks have also ventured all the way here and some of them are said to have already tried the water : a sign that the end of the Summer is nearing.

Penguins

Transfer

The helicopter finishes the last transfers of equipment. An occasion to admire the ice cliff right below the dormitory, and its huge stalactites, several metres long.

Dormitory

Or, on the other side, the « catamaran berg » that has been lying at the same place for more than a week.

Berg

When the Astrolabe slowly sets in movement and makes a U-turn between the reefs, cries can be heard from different points of the island and from the ship.

Goodbye

The latter replies with its own low voice, and in a short time the fourty-something silhouettes that are waving from the deck cannot be identified any more. Soon, it vanishes behind the icebergs of the bay and everything becomes quiet except for the sound of the waves on the frozen rocks: they are gone.

Frozen rocks

****

Quatrième et avant-dernier départ de cet été... beaucoup d'amis tout neufs sont à bord, qui ont passé en ces lieux entre quelques jours et quatorze mois de leur vie. Certains sont des habitués et ont dit à l'été prochain, d'autres sont en chemin vers de nouveaux horizons. Vol après vol, l'hélicoptère les arrache à la fête de départ improvisée sur la passerelle à l'extérieur du séjour, puis plonge vers l'Astrolabe, 50 mètres plus bas. Etre celui qui part, de là où on a vécu et où les autres restent: voilà ce que la vie apprend à encaisser, de manière répétée. Mais si c'est l'inverse ?

A quelques minutes de marche sur le grand pont de glace qui étend l’île jusqu’au Cap des Barres, d’où la base ressemble à un fort en haut de sa colline et où la vue imprenable est dégagée sur 270 degrés, un petit rassemblement attend le départ du bateau.

Des groupes de manchots Adélie semblent également s’être donné le mot. Parmi eux, des poussins, qui terminent leur mue ces jours-ci, se sont également aventurés et il se murmure que certains se seraient déjà jetés à l'eau : signe de la fin proche de l’été.

L’hélicoptère termine les derniers transferts de matériel. L’occasion d’admirer la falaise de glace à l’aplomb du dortoir, et ses énormes stalactites de plusieurs mètres de long.

Ou, de l’autre côté, le « berg catamaran » qui stationne depuis plus d’une semaine au même endroit.

Quand l’Astrolabe se met lentement en mouvement et exécute un demi tour entre les récifs, des cris se font entendre venant de différents points de l’île et du navire.

Puis ce dernier répond de sa propre voix de baryton, et déjà la quarantaine de silhouettes qui saluent depuis le pont arrière ne sont plus reconnaissables. Bientôt, il disparaît derrière les icebergs de la baie et le calme retombe : ils sont partis.

10 February 2008 | Eclipse

Eclipse Sun

A partial solar eclipse at Dumont d'Urville: everyone on the roof !

Eclipse People

Just after the sunset, the wind kicks in and the show goes on above the continent: is it snow or is it fire ?

Eclipse Fire

****

Une éclipse solaire partielle à Dumont d'Urville: tout le monde sur le toit !

Juste après le coucher de soleil, le vent entre en scène et le spectacle continue au-dessus du continent: est-ce de la neige ou est-ce du feu ?

8 February 2008 | Ships

The Astrolabe's departure

No less than four between the Astrolabe's departure two weeks ago (above) and its return: that is the number of visiting ships that have been seen around the archipelago of Pointe Géologie. It may seem quite a lot for a place that is supposed to be one of the least accessible on Earth ! Yet one may recall all the similarities between a polar station and a ship, and wonder whether it is not, after all, a natural attraction. In fact, the passengers on each of them had very good reasons to come, even though they were not the same.

The Marina Svetaeva

Tourism in Antarctica is growing, with more than 50000 visitors last year. Most of them focus on the Antarctic Peninsula, almost opposite to Dumont d'Urville longitude-wise. With only 1000 kms between the tip of South America and that of the Peninsula, it is much easier - and less expensive - to start a tour from there than from Australia, 2700 kms away from the closest point on the coast of East Antarctica. The Peninsula also offers more past and present signs of human occupation to visit, and an arguably more varied landscape right along the coast, with a mountaineous element that does not exist in the much smoother and homogeneous East Antarctic coast. Nevertheless, a few ships, mostly Australian, do focus on East Antarctica; the Marina Svaeteva (above) and the Orion (below) are among them.

The Orion

The Orion had already made a tradition of trying to visit Dumont d'Urville every year, while it was the first time for the Marina Svaeteva. In both cases the scenario was the same: throughout the day, the ship released an armada of zodiacs that rushed towards the "Abri côtier" (where no fruit can be found - ask the nearest French speaker for the pun) , the landing place for small boats on the île des Pétrels. Watched from a place that does not normally see so many visits in a year, it looked quite like an invasion ! But a friendly one, with invaders only armed with cameras. It was a pleasure to speak English and discuss Antarctic exploration with people who were, in many cases, much more knowledgeable on the topic than the pioneers' modern and modest followers who were showing them around the base... Fishing Boat While the Orion and the Marina Svaeteva enjoyed rather pleasant weather during their visit, the Spanish fishing boat that made a short appearance a few days later did not have the same luck (above); in fact, fishing boats do not usually (and are normally not allowed to) cross sixty degrees of latitude, but its captain was forced to do so by a rather sad event: one of the fishermen had his hand injured and Dumont d'Urville was the closest place with a qualified and equipped doctor. Fortunately for the Chilean seaman, the last roundtrip of a small aircraft that links New Zealand, Terra Nova Bay (the Italian base, 1000 kms to the west), Concordia and Cap Prud'homme, was planned a few days later, so that he was able to fly towards a proper hospital not too long after his arrival.

The Astrolabe's return

On the same day as the Astrolabe's return after a slalom through the last icebergs under the supervision of the small guardian angel Sea-Truck (above - more on the Sea-Truck in a later post), the Japanese Umitaka Maru (below) approached the base, in the frame of an international scientific campaign involving the French; during its stay, strong katabatic winds created an elegant background of blizzard along the ice cliffs.

The Umitaka Maru

As in the pioneering days, the arrival of a ship is still a peculiar event; postal mail, small or big presents - what a treat of delicious Japanese tuna today ! after the Kirin beer a few days ago -, greetings on the radio and very useful refills - an extra supply of yeast for the struggling baker - are exchanged, and for the regulars of the Summer campaign, former friends and colleagues are sometimes on board; the contrast between this small-community feeling and the vastness of the continent and of the Southern Ocean conveys a stronger sense of solidarity than in "normal life".

****

The Astrolabe's departure

Pas moins de quatre entre le départ de l'Astrolabe il y a deux semaines (ci-dessus) et son retour: c'est le nombre de navires en visite qui ont été aperçus autour de l'archipel de Pointe Géologie. Cela peut sembler beaucoup pour un endroit censé être l'un des moins accessibles sur Terre ! On peut invoquer les ressemblances entre une station polaire et un navire au long cours, et se demander s'il ne s'agit pas là, après tout, d'une attirance bien naturelle. En réalité, les passagers de chacun d'entre eux avaient de bonnes raisons de venir, même si ce n'étaient pas les mêmes pour tous.

The Marina Svetaeva

Le tourisme en Antarctique est en croissance, avec plus de 50000 visiteurs l'année dernière. La plupart se concentrent autour de la Péninsule Antarctique, presque à l'opposé de Dumont d'Urville en termes de longitude. Avec seulement 1000 kms entre l'extrémité de l'Amérique du Sud et celle de la Péninsule, il est bien plus facile - et moins cher - d'y débuter un cabotage en Antarctique que depuis l'Australie, située à 2700 kms du point le plus proche sur la côte de l'Antarctique de l'est. La Péninsule offre aussi plus de sites présents et passés liés à l'occupation humaine, ainsi qu'un paysage plus varié le long de la côte, dont une dimension montagneuse qui n'existe pas sur la côte plus lisse et homogène de l'Antarctique orientale. Néanmoins, quelques navires, principalement australiens, se concentrent en effet sur cette partie; le Marina Svaeteva (ci-dessus) et l'Orion (ci-dessous) en font partie.

The Orion

L'Orion avait déjà instauré la tradition d'essayer de faire escale à Dumont d'Urville chaque année, tandis que c'était une première pour le Marina Svaeteva. Dans les deux cas le scénario était identique: tout au long de la journée, le navire libérait une armada de zodiacs qui se dirigeaient vers l'"Abri côtier" (où on ne trouve pas de fruit frais malgré le nom), le site d'atterissage pour petit bateaux sur l'île des Pétrels. Observé d'un lieu qui ne voit normalement pas tant de visites en un an, cela ressemblait fortement à une invasion ! Mais une invasion amicale, et des envahisseurs seulement armés d'appareils photos. Ce fut un plaisir de parler anglais et de discuter d'exploration antarctique avec des gens qui étaient, dans nombre de cas, beaucoup plus informés sur le sujet que les successeurs modernes et modestes des pionniers qui leur faisaient visiter la base...

Fishing Boat

Tandis que l'Orion et le Marina Svaeteva avaient joui d'un temps plutôt agréable durant leur visite, le bateau de pêche espagnol qui fit une courte apparition quelques jours plus tard n'eut pas la même chance (ci-dessus); en réalité, les bateaux de pêche ne franchissent pas, normalement, les soixante degrés de latitude (ils n'y sont pas autorisés), mais le capitaine de celui-ci y a été forcé par un événement plutôt malheureux: un des pêcheurs s'était blessé à la main et Dumont d'Urville était le plus proche endroit avec un médecin qualifié et équipé. Heureusement pour le marin chilien, la dernière rotation d'un avion de logistique qui relie la Nouvelle-Zélande, Terra Nova Bay (la base italienne, 1000 kms à l'est), Concordia et Cap Prud'homme était prévu quelques jours plus tard, de telle sorte qu'il put rejoindre par les airs un vrai hôpital pas très longtemps après son arrivée.

The Astrolabe's return

Le même jour que le retour de l'Astrolabe et son traditionnel slalom entre les derniers icebergs, sous la supervision du petit ange gardien Sea-Truck (ci-dessus - quelques mots sur le Sea-Truck dans un post ultérieur), l'Umitaka Maru, navire océanographique japonais (ci-dessous), s'est approché de la base dans le cadre d'une campagne scientifique internationale impliquant des français; lors de son court séjour, de forts vents catabatiques se sont levés, produisant un arrière-plan élégant de blizzard le long des falaises de glace.

The Umitaka Maru

Comme au temps des pionniers, l'arrivée d'un navire est toujours un événement; sont échangés courrier, petits ou gros cadeaux - quel délice que le thon nippon d'aujourd'hui ! après la bière Kirin il y a quelques jours -, salutations sur les ondes et même ravitaillements très utiles - des provisions additionnelles de levure pour le boulanger en situation difficile - et pour les habitués de la campagne d'été, d'anciens amis et collègues sont parfois à bord; le contraste entre ce sentiment de communauté réduite et l'immensité du continent et de l'Océan Austral éveille un sens de la solidarité plus fort que dans "la vie normale".

.
3 February 2008 | Note

You may have noticed that the end of the post "Animals" has been cut off. Marc, the blog's dedicated administrator for whose help I am very thankful, is working to solve the problem. Thanks Marc !

****

Vous avez peut-être remarqué que la fin du post "Animals" a été coupée. Marc, administrateur dévoué du blog que je remercie chaleureusement pour son aide, est en ce moment même au travail pour résoudre le problème. Merci Marc !

.
31 January 2008 | Centrale

La centrale

Water and electricity: two vital networks whose veins irrigate the fragmented habitat on the île des Pétrels. The heart at Dumont d'Urville: "la centrale", both a power station and a drinkable water production centre. A humming and rattling thing made of diesel engines, cables, tanks, pipes, pumps and valves. Even with two back- up generqtors, it is essential to avoid any power disruption; very much like aboard a ship in the middle of the ocean, it is not only a question of comfort but of the safety of the never-ending, immobile and non-stop journey - its passengers can indeed only rely on the "in- flight" refuelings of the Astrolabe - of the base through the ruthless winds of Antarctica, that would not need more than a few minutes to freeze and break pipes and valves in case of a prolonged failure of the heating system. That is why the beast must be monitored 24 hours a day, 7 days a week. The "night service" takes place from 6 pm to 6 am: what better way to spend a Sunday night when one has got a thousand photos to sort ?

Generator

The 150-square-metre building looks no different from any other in the base, except that its windows are always lit at night, and that it is surrounded by nine orange tanks (fuel) and three white tanks (drinkable water). Inside, three flashy yellow, toy-like diesel generators, about the size of a truck engine each; several large electrical panels with a respectable collection of dials, buttons and displays; and a maze of pipes and cavities, known as "the boiler". Nothing really large and impressive like what one would instantly associate with the term "power station", or "engine room" for an average ship: just something that feels properly sized for the job, yet large enough to inspire confidence.

Electrical panel

On top of the electrical panels, three rotating lights: red, blue, orange. In the neighbouring office, two boxes with numerous diodes and labels next to them. If a light is triggered and a siren goes off, according to its colour and the combination of diodes that light up simulataneously, one of the five persons in charge of the beast's various organs must be woken up, unless it is one of the fire alarms - these are also centralized in this place. Every two hours, the beast's health must be probed by wandering through the engine room, reading twenty or thirty dials and gauges and writing down voltages, temperatures, pressures and flow rates.

Pipes

In addition to the thrill of the night watcher, who enjoys this very privileged and intimate relation to the world when all except himself retire temporarily into their own inner one, a night at "la centrale" provides an occasion to witness first-hand the isolation and fragile position of the base. Sitting at the desk in the office, looking towards the engine room, the situation is strikingly clear: on one side, the Circumpolar Current and its -1°C water, and the icy landscape, with this sort of mysterious splendor made of attraction and silent threat, which characterizes places that are not made for men to live in them; on the other side, the dispersed living space of a few dozens of human beings on a one-kilometer rock. Between the two, a complicated mechanism of steel and rubber and its few cubic inches of combustion chambers, carefully controlled by fine-tuned electronics, thriving to maintain a cocoon of warmth and electricity to protect the latter from the ruthlessness of the former.

In an atmosphere which mixes this sense of isolation, the reassuring basso ostinato of the engine and the strange impression of being shifted conveyed by watching, in such an environment, some old samples of a nineties' TV show, found deep inside a harddisk on the local computer network, the night passes very quickly. Some good music, a couple of bumpy roundtrips to the kitchen via a hundred metres of walkways swept by a fifty-knot katabatic wind, which produces a resonating and vibrating noise against the walls and structure of the dark and deserted canteen; a particularly interesting sunrise created by the patchwork of different textures and shades of the storm's clouds; the show of the Adélie chicks gathering in groups of 10 or 15 to fight the wind; added to the enthousiasm of a newly arrived polar resident who tends to build much too long sentences, these are just some of the ingredients that give the final touch to turn a night at "la centrale" into a quasi- mystical experience...

****

Eau et électricité: deux réseaux vitaux, dont les veines irriguent l'habitat dispersé sur l'île des Pétrels. Le coeur à Dumont d'Urville: "la centrale", à la fois centrale électrique et centre de production d'eau potable. Une chose ronronnante et cliquetante à base de moteurs diesel, câbles, réservoirs, tuyaux, pompes et valves. Même avec deux générateurs de secours, il est essentiel d'éviter toute coupure de courant; tout autant qu'à bord d'un navire en haute mer, il n'en va pas seulement du confort mais de la sécurité du voyage immobile et pourtant sans escale - ses passagers ne peuvent en effet compter que sur les ravitaillements "en vol" de l'Astrolabe - de la base à travers les vents de l'Antarctique, auxquels il ne faudrait pas plus de quelques minutes pour geler et briser tuyaux et valves en cas d'arrêt du chauffage. C'est pourquoi la bête doit être surveillée 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le service de nuit a lieu de 6 heures du soir à 6 heures du matin: quelle meilleure manière d'occuper son dimanche soir quand on a un millier de photos à trier ?

Le bâtiment de 150 mètres carrés ne se distingue pas particulièrement des autres, n'étaient ses fenêtres toujours allumées la nuit, et les neuf réservoirs oranges (fuel) et les trois blancs (eau) qui l'entourent. A l'intérieur, trois générateurs diesel comme trois gros jouets de petit garçon de couleurs vives, de la taille d'un moteur de camion chacun; plusieurs grands panneaux électriques avec une collection respectable de compteurs, boutons et écrans; et un labyrinthe de tuyaux et de cavités, affublé du nom plutôt terre-à- terre de "bouilleur". Rien de vraiment gros et impressionnant comme dans les images qu'évoque le terme de "centrale électrique", ou celui de "salle des machines" pour un navire même de taille moyenne: une installation bien dimensionnée, juste assez grande pour inspirer confiance.

Au sommet des panneaux électriques, trois gyrophares: rouge, bleu, orange. Dans le bureau voisin, deux boîtes remplies de diodes et leurs étiquettes identificatrices. Si un gyrophare se déclenche en même temps qu'une sirène retentit, et en fonction de sa couleur et de la combinaison de diodes qui s'allument de concert, une des cinq personnes en charge des différents organes de la bête doit être réveillée; a moins qu'il ne s'agisse d'une des alarmes incendies, également centralisées à cet endroit. Toutes les deux heures, la bête est auscultée et sa santé évaluée à l'occasion d'une promenade à travers la salle des machines: vingt ou trente compteurs et manomètres sont scrutés, autant de tensions, températures, pressions et débits sont notés.

En plus du frisson du veilleur de nuit, qui jouit de cette relation si privilégiée et intime avec le monde lorsque tous sauf lui- même se retirent pour un temps dans le leur, une nuit à la centrale fournit l'occasion de se rendre compte en première ligne de l'isolement et de la posture fragile de la base. Assis dans le bureau, le regard dirigé vers la salle des machines, la situation apparaît de manière frappante: d'un côté, le courant circumpolaire et son eau à -1°C, et le paysage glacé, avec cette espèce de splendeur mystérieuse faite d'attraction et de menace silencieuse, propre aux endroits qui ne sont pas faits pour l'homme; de l'autre, l'espace de vie morcelé de quelques dizaines d'êtres humains sur un rocher d'un kilomètre. Entre les deux, un méchanisme d'acier et de caoutchouc et ses quelques petits décimètres cubes de chambres de combustion, qui s'acharnent à maintenir, sous le contrôle attentif d'une électronique finement réglée, un cocon protecteur de chaleur et d'électricité autour du second contre les rigeurs du premier.

Dans une atmosphère qui associe ce sentiment d'isolement, le basso ostinato rassurant du moteur et l'étrange impression de décalage inspirée par le visionnage, dans un tel environnement, de quelques vieux extraits d'une émission de télévision des années quatre-vingt- dix retrouvés au fin fond d'un disque dur sur le réseau informatique local, la nuit passe très vite. Un peu de bonne musique, quelques allers-retours agités à la cuisine via cent mètres de passerelles balayées par cinquante noeuds de vent catabatique, lequel fait vibrer et résonner les murs et la structure de la cantine déserte et sombre; un lever de soleil particulièrement intéressant dû au patchwork de textures et de teintes des nuages, et le spectacle des poussins Adélie qui se regroupent à 10 ou 15 pour lutter contre le vent; ajoutés à l'enthousiasme d'un résident polaire fraîchement arrivé et qui a tendance à construire des phrases beaucoup trop longues, voilà seulement quelques-uns des ingrédients qui finissent par transformer "une nuit à la centrale" en une expérience quasi-mystique...

.